Les convoyages, est-ce fait pour moi?

Auteur: Robert Corbeil, Alias Capitaine Jack

Cet article a comme objectif de vous donner un bon aperçu de ce qui vous attend lorsque vous participez à un convoyage. Nous établirons une liste des « plus » et des « moins »,  donnerons une idée des coûts impliqués et survolerons les rôles de chacun. Nous identifierons également certaines qualités permettant d'être un bon capitaine. À la fin de cet article, nous espérons que vous serez en mesure d’avoir une meilleure compréhension de ce que l’expérience d’un convoyage signifie, vous permettant d’évaluer objectivement la situation et ainsi être en mesure de prendre une décision éclairée avant de vous embarquer dans cette aventure.

 

Plusieurs marins ou néophytes caressent l’idée de faire l’acquisition d’un voilier afin de réaliser un tour du monde, ou encore de naviguer sous les tropiques, près de plages paradisiaques et de découvrir ainsi la richesse des îles, la culture locale et les coutumes des insulaires. D’autres aimerait simplement partir une semaine ou deux en petit groupe afin de naviguer et d’explorer la Martinique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, etc., faire de la plongée en apnée, se faire bronzer sur les belles plages ou pour les plus actifs, faire une randonnée ou encore visiter certains lieux historiques.

 

Le convoyage pour sa part consiste à amener un bateau du point A au point B. Certains convoyages sont de courte durée (3 à 5 jours), comme lorsque l’on apporte un voilier de Tadoussac à Sorel, de Toronto à Cornwall ou encore de Québec à Montréal. D’autres convoyages sont beaucoup plus longs (20 à 30 jours).  Par exemple, convoyer un voilier de Plattsburgh vers les Bahamas, de Puerto Vallarta vers Vancouver ou encore effectuer une transatlantique entre les Bahamas et la France. Il s’agit donc d’une autre dynamique, vous l’aurez bien compris. 

 

Débutons donc par une analyse des « plus » et les « moins » :

 

CONVOYAGE

LES PLUS (top 10)

  1. Une expérience de vie à bord unique. Vivre à bord d’un voilier avec d’autres équipiers et équipières, voir des paysages à couper le souffle, découvrir de nouveaux territoires, participer à belles discussions, observer des coucher de soleil, des lever de lune, partager des moments de fou rire, découvrir qui sont les autres équipier.e.s, se faire des ami.e.s, naviguer, avoir du temps pour soi et vivre des moments de grand bonheur. Voilà un portrait agréable, non?

  2. L’amour des grands espaces. La ville, le trafic, les files d’attente, les klaxons, le stress... versus la mer à perte de vue, les grands lacs, les ciels étoilés… le choix est simple. Pour certains ce n’est pas un choix mais un besoin! Que cela fait du bien à l’âme de contempler la mer. Vous vivrez ce sentiment de bonheur et ressentirez que vous ne faites qu’un avec la nature.

  3. Le CV marin. Eh oui, c’est aussi une façon d’ajouter des Miles Nautiques à votre CV marin. Beaucoup de miles! Le capitaine distinguera les heures de jours et les heures de nuit. Il pourra compléter votre carnet de voile de la FVQ et le signer. Ne l’oubliez pas!

  4. Voyager à peu de frais. Normalement, le Capitaine est rémunéré pour le convoyage. Un contrat entre lui et le propriétaire est établi. Les équipiers doivent s’affranchir d’un montant qui varie entre 500$ et 800$ selon la durée de la navigation, ce qui revient à environ 20$/jour. Le second n’a pas à débourser ces coûts. Vous devrez aussi débourser les frais pour vous rendre au point de départ et pour le retour. Ces frais dépendent donc d'où vous habitez et où a lieu le départ. Enfin, les équipiers et le second devront couvrir les coûts pour la nourriture pour eux et le capitaine. On parle d’un budget d’environ 20$ à 30$ par personne/jour dépendamment du menu. Il est fortement recommandé que chacun souscrive une assurance voyage.

  5. Vivre le moment présent. Lorsqu’on est à la barre, on ne peut être que dans le moment présent! Tous les problèmes disparaissent. Vous aurez également des moments pour vous recueillir, réfléchir, des moments pour vous. 

  6. Un moment de ressourcement. Certains viennent pour s’échapper de leur réalité, d’autres vivent cette aventure comme un « Compostelle » sur l’eau. C’est le moment de faire une introspection et de sortir grandi.e de cette expérience. On peut normalement partager sans crainte avec les autres équipier.e.s. Ce qui se dit sur le voilier reste sur le voilier. ☺

  7. Dépasser ses limites. Vous aurez plusieurs occasions, au fil du voyage, de contribuer à votre manière à la qualité de vie, aux réparations… et vous serez surpris de votre apport. Quelques fois vous trouverez cela difficile mais en bout de ligne vous sortirez grandi et heureux d’avoir dépassé vos limites. 

  8. La chaleur du soleil. Dans les régions chaudes… pas besoin de faire un dessin… souvent associées aux belles plages de sable et aux palmiers. Dans les régions comme le Pacifique Nord ou lors des transatlantiques, le soleil est source d’énergie (pour les batteries) et de vitamine D. C’est un plus indéniable.

  9. Naviguer à moteur. Dans certains cas, il est nécessaire de naviguer à moteur… Souvent c’est pour se rendre plus rapidement à un point donné. Normalement, cela veut dire moins de gite. Pour faire la cuisine, c'est bien. Le ronronnement du moteur peut être réconfortant si on est à 1800 tours et moins.

  10. Naviguer de nuit. La pollution par la lumière de nos villes fait en sorte que l’on voit à peine quelques étoiles. Mais en mer, tout prend une autre tournure… Voir des milliers d’étoiles et constellations : Orion, Pégase, la Petite Ourse, Cassiopée, Hercule, le Scorpion, etc. Sans compter les étoiles filantes… à ne pas confondre avec les satellites qui ont une vitesse constante.

 

 

LES MOINS​ (top 10)

  1. Le mal de mer. Il est possible que vous ayez le mal de mer. Le problème c’est que lorsque (surtout pour les longs convoyages), l’on se retrouve assez loin des côtes, un retour à terre peut signifier l’arrêt du voyage pour vous. Vous devrez alors vous débrouiller pour rentrer à la maison par vos propres moyens. L’équipage devra donc s’organiser avec un équipier en moins! Il est donc sage d’apporter sa médication contre le mal de mer. Le capitaine vous donnera quelques trucs.

  2. Il faut gérer les 5 F. 1) Faim 2) Fatigue 3) Froid 4) Frousse 5) Fuel (odeur). Vous devez manger régulièrement en évitant ce qui est trop épicé, bien vous reposer, vous habiller en fonction de la météo et avoir du linge de rechange, bien gérer la météo et éviter autant que possible de sentir les odeurs d’essence. 

  3. Naviguez de nuit. La plupart des convoyages impliquent une navigation de nuit. Voici un exemple de quart pour 3 équipiers. Vous dormirez donc par bloc de 4 heures. Cela peut devenir fastidieux et il serait mal vu de passer votre tour,  sauf si vous avez une bonne raison. Heureusement, pendant la journée, vous pourrez faire la sieste et reprendre de l’énergie.:

    1. Équipier 1 : 2000 à 2200

    2. Équipier 2 : 2200 à 2400

    3. Équipier 3 : 2400 à 0200

    4. Équipier 1 : 0200 à 0400

    5. Équipier 2 : 0400 à 0600

    6. Équipier 3 : 0600 à 0800 

  4. Dormir à bord. Vous pensez pouvoir dormir un bon 8 heures d'affilée… vous rêvez en couleur. Pensez plus en bloc de 4 heures. Si vous avez le choix, prenez toujours une cabine à l’arrière, surtout si vous naviguez au Près. Si c’est le cas, le voilier va monter les vagues et redescendre en claquant! Vous léviterez 1 à 2 secondes avant de retomber sur le lit. Ce n’est pas très agréable. Habituellement, le carré est réservé pour le Capitaine. Il a ainsi un accès rapide aux commandes au besoin. 

  5. Participation aux repas. Vous devrez participer à la caisse de bord et à la préparation des repas. Il n’y a habituellement pas de chef cuisinier désigné et chacun devra  participer à la préparation des repas à tour de rôle.

  6. Difficultés à se concentrer et à focuser. La lecture ou toute autre tâche qui demande un grand niveau de détail pourrait être difficile à réaliser surtout si vous travaillez dans la cabine. C’est possible, mais sachez que plusieurs personnes ont la nausée lorsqu’elles sont dans la cabine. 

  7. Accès limité à Internet. Il fallait bien en parler. L’accès Internet peut-être limité par endroit ou complètement absent dans le cas de transatlantique. On trouve normalement du réseau si on longe les côtes… il y aura du réseau sauf qu’il ne faut pas s’attendre à être en 5G en tout temps. Accro du cellulaire… vous risquez d’être en sevrage!

  8. Beaucoup de moteur. Le capitaine doit normalement respecter un échéancier de livraison. Il faut donc s’attendre à beaucoup de moteur surtout si le vent n’adonne pas, si une dépression arrive sur nous ou si nous sommes en retard sur l’échéancier! 

  9. Les manœuvres à voile sont limitées. Les manœuvres se limitent normalement aux manœuvres nécessaires en fonction de la route à suivre. Comme le voilier appartient au propriétaire, il n’est pas possible de pratiquer les accostages, empannages ou récupération d’un homme à la mer. Le capitaine, puisque responsable de la sécurité de l’équipage et du voilier, sera responsable des manœuvres à quai ou autres manœuvres urgentes. 

  10. La météo et la flexibilité dans l’horaire. Le soleil pourrait ne pas être au rendez-vous. Il faut anticiper qu’il puisse y avoir de la pluie et du mauvais temps. Les dépressions sont également à anticiper ce qui veut dire parfois que nous devrons nous abriter à un port pour quelques jours. Vous devez être prêt à ajouter quelques jours à votre horaire.

 

Les rôles :

  • Le Capitaine assure la sécurité de l’équipage et du voilier. Il met à jour le journal de bord. Il défini les routes à suivre et s’assure de donner des directives claires aux équipiers;

  • Le second travaille en collaboration avec le Capitaine. Il est équipier à part entière et répond aux ordres du Capitaine;

  • Les équipiers exécutent les ordres du Capitaine, font la vaisselle, la cuisine et prennent part aux manœuvres.

 

Un bon Capitaine : 

  • À de l’expérience ;

  • Est calme;

  • S’entoure d’équipiers qui ont des compétences complémentaires (Ex. moteur, électricité, cuisine, etc.;

  • Donne des directives claires et réalistes;

  • Reste disponible pour répondre à toute demande peu importe l’heure du jour ou de la nuit;

  • Planifie bien sa route. Il doit avoir les cartes à jour et un bon système de traçage (Ex : Navionics);

  • Suit de près la météo et sait quand rentrer au port afin d’éviter les grosses dépressions. Il planifie des ports de refuges ;

  • A un système de communication pour communiquer (météo ou secours) en tout temps (Ex : Iridium);

  • Est à l’écoute des équipiers;

  • Gère bien l’équipage et s’assure que tout le monde fasse partie de l’équipe et se sente au mieux.

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Grrr...

Capitaine Jack